Archipel Claudel ou une semaine claudélienne sur France Culture

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Radio

France Culture a consacré, du lundi 25 juillet au vendredi 29 juillet, 17h30 des programmes de sa grille d'été à Paul Claudel. Réalisé par Annie Douel, produit et animé par François Angelier

Du 25 au 29 juillet 2005

 

En 1911, le grammairien et historien de la langue française Ferdinand Brunot, titulaire de la chaire d’« Histoire de la langue française » à la Sorbonne, chaire qu’occupera un demi-siècle plus tard pour l’époque moderne et contemporaine Gérald Antoine, inaugurait « Les Archives de la parole ». « Les Archives de la parole » se voulaient un lieu d’enregistrement et de conservation pour les générations futures des manifestations orales de la langue parlée, de la « parole au timbre juste, au rythme impeccable, à l‘accent pur » aux patois et dialectes en passant par la parole nuancée d’accents faubourien ou provincial. À ce vaste programme de constitution d’« un atlas linguistique et phonographique de la France » viendra se joindre une riche collection de portraits sonores de contemporains célèbres. Ce musée de la parole était l’ancêtre de ce qui deviendra plus tard la Phonothèque Nationale, puis le Département de l'Audiovisuel de la Bibliothèque nationale de France et l’INA.

C’est bien à une plongée dans de nouvelles « Archives de la parole » que nous a invités le producteur de France Culture François Angelier dont on connaît la fougueuse admiration pour l’œuvre et la personne de Paul Claudel. Du 25 au 29 juillet derniers, les claudéliens ont été comblés, sans en être, espérons-le accablés, de plus de 17 heures d’émissions. Sous le titre général « Archipel Claudel », expression empruntée à la réponse de François Mauriac au discours de réception de Paul Claudel à l’Académie française le 13 mars 1947 : « comme un archipel émergé de l’abîme marin », François Angelier nous a proposé trois émissions quotidiennes, la première le matin consacrée à la rediffusion d’archives d’entretiens accordés par Paul Claudel à divers interlocuteurs, la deuxième en début d’après midi à un débat sur un thème choisi suivi du témoignage d’un contemporain, enfin la dernière dans la soirée à des archives sur Claudel.

Les entretiens avec Jacques Madaule, Pierre Schaeffer, et Jean Amrouche sont bien connus, mais on ne se lasse pas de les entendre, surtout qu’une déclaration du poète, aux accents platoniciens, placée en exergue de chaque émission nous invite à les écouter, si j’ose dire, « d’une oreille nouvelle » :

Je pense que la radiophonie est une auxiliaire inestimable du poète, elle lui permet de se faire son propre interprète et de substituer l’intention originale à la représentation écrite conventionnelle toujours insuffisante.

Les débats de l’après midi ont permis d’aborder divers aspects de l’œuvre et de la personnalité de Claudel illustrés par des textes lus par les comédiens Carine Baillod et Christian Cloarec. Lundi 25 juillet, Yvan Daniel et Pascal Dethurens ont évoqué la « passion de l’espace » du « Claudel hors les murs » soulignant que le Claudel de l’Orient et des Amériques ne doit faire oublier le Claudel « européen ». Le lendemain, deux historiens Hervé Sérry, auteur de « La naissance de l’intellectuel catholique » et Frédéric Gugelot à qui l’on doit une étude approfondie sur « La conversion des intellectuels au catholicisme en France (1895-1935) » ont replacé la conversion de Claudel dans son contexte historique. Mercredi 27 juillet, le théâtre claudélien sera évoqué à travers la longue expérience claudélienne de Madeleine Marion, pensionnaire de la Comédie-Française, depuis l’Ysé en 1958 au IIe Festival de Cassis, dans une mise en scène de Roland Monod, jusqu’à sa récente mise en scène de La Cantate à trois voix en passant par Bibiane, Mara, Lechy, Sichel, Dona Honoria… Christian Schiaretti qui prépare pour la rentrée au TNP une mise en scène de l’Annonce rappela que c’est par cette même Annonce travaillée au Conservatoire avec Antoine Vitez qu’il a découvert le théâtre de Claudel. Enfin, le point de vue du spectateur revint à Jacques Julliard pour qui Le Soulier de Satin d’Avignon dans la mise en scène d’Antoine Vitez fut une révélation qui l’amena à relire une œuvre qu’il avait jusque-là bien négligée. Suite à la récente parution du dernier tome du Poëte et la Bible, on ne pouvait pas ignorer l’« exégète », ce qui fut fait jeudi 28 juillet, avec la participation de Dominique Millet-Gérard, Dominique Bourel, et François L’Yvonnet. Enfin, le dernier jour autour de la figure d’un « Claudel intempestif », se sont retrouvés Gilles Cornec, Jacques Julliard, et Didier Alexandre.

À l’issue de ces débats, François Angelier a eu l’heureuse initiative de demander à quelques personnalités d’aujourd’hui de témoigner de leur vision de Claudel. On a pu entendre tour à tour, Michel Serres, Philippe Sollers, Jean-Robert Armogathe, Florence Delay, René Girard. Par delà la diversité des approches et des sensibilités toutes ces voix attestaient de la fertilité de la « semence claudélienne » cinquante ans après la mort du poète.

À l’écoute des émissions de la soirée, on est frappé par la diversité et la richesse des archives sonores existantes sur Claudel. On peut même raisonnablement penser que François Angelier est loin d’avoir épuisé le fonds. Nous avons eu, pour notre part, le plaisir de quelques heureuses découvertes comme par exemple la belle conférence donnée en décembre 1963 par Pierre Emmanuel sur la lecture claudélienne d’Eschyle ou ce texte d’Henri Pichette lu par Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud et l‘émotion de réentendre des voix d’amis disparus : Alain Cuny ou un Pierre Claudel curieusement, est-ce l’émotion devant le micro, bien emphatique ce qui ne lui était pas naturel comme le savent tous ceux qui ont eu la joie de le connaître.

France Culture ne pouvait pas ne pas évoquer le Claudel tel qu’il se joue sur les scènes ou à l’écran aujourd’hui. Le samedi 18 juin, Joëlle Gaillot a reçu dans son émission « Le Chantier », les metteurs en scène Gilles Blanchard, Frédéric Fisbach et Serge Tranvouez.

René SAINTE-MARIE PERRIN