Sous le titre L'Arbre, Claudel en 1901 réunit pour la publication l'ensemble de ce qu'il entend conserver de son premier théâtre, c'est-à-dire les deux versions de Tête d'Or, les deux versions de La Ville et les deux versions de La Jeune Fille Violaine ainsi que L'Échange et Le Repos du Septième Jour jusque-là inédits. Textes de la vingtième à la trentième année environ, ils ont été écrits au départ sans le souci immédiat de la scène, alors que l'influence du symbolisme fin-de-siècle est très sensible chez le poète. Que le cadre soit d'un univers non précisé (Tête d'Or), d'une révolution urbaine (La Ville), de la campagne française (La Jeune Fille Violaine), d'un rivage du Nouveau Monde (L'Échange) ou encore des anciens rites de la Cour de Chine (Le Repos du Septième Jour), on retrouve les mêmes caractéristiques dramaturgiques : une intrigue élémentaire mais présentée de façon brutale et inattendue, des personnages tout d'une pièce mais pris dans une situation dont la portée philosophique et métaphysique se nourrit des réalités les plus concrètes, enfin et surtout une écriture poétique et scénique que les gens de théâtre sont les premiers à saluer. Le système de vers libre adopté par Claudel, avec sa souplesse et sa violence conjuguées, son sens infaillible d'un rythme solidement marqué reste, jusque dans ses excès, un modèle d'élocution théâtrale moderne. Pareille force du verbe assure la liberté du metteur en scène : du réalisme le plus poussé à l'abstraction la plus résolue, il suffit qu'il s'accorde à l'élan impérieux du vers.

L'Arbre justifie ainsi son titre par la remarquable cohérence que présente le recueil dans les thèmes et dans l'écriture qui, conformes au plus grand symbolisme, font revenir aux endroits les plus variés, la métaphore de l'Arbre, puissance de vie, lien naturel entre la terre et le ciel.

Michel AUTRAND