L'homme et l'œuvre
L'uvre exégétique

Claudel et la Bible
Claudel a consacré vingt-sept ans de sa vie, de 1928 à sa mort
en 1955, à s'occuper quotidiennement de la Bible qu'il appelle, à
la suite des Pères de l'Église, l'Écriture Sainte. Il avait
déjà produit quelques brefs essais plutôt théologiques,
et dès 1917 s'était lancé dans une recherche thématique
et lexicale sur "L'eau dans l'Écriture Sainte". En 1928, c'est
une proposition de préface sur l'Apocalypse qui lui fait commencer sa
grande réflexion biblique
par la fin ! Et c'est aussi, à
partir du livre le plus imagé et le plus mystérieux, l'intérêt
passionné pour "le sens figuré de l'Écriture"
auquel il consacrera en 1937 un essai. Claudel s'inscrit en faux par rapport
à l'exégèse scientifique, dite "historico-critique",
qui se pratique parallèlement dans les milieux ecclésiastiques
; son approche est à la fois pieuse et poétique, d'inspiration
patristique : grand respect du texte inspiré, et attention émerveillée
devant un langage - celui de la Vulgate - qu'il lit comme le poème de
Dieu, l'expression parfaite. Ses commentaires-méditations sont tantôt
de très libres monographies traversées de consonances (Le Livre
d'Esther, Le Livre de Tobie, L'Évangile d'Isaïe, Jérémie),
tantôt des lectures transversales illustrant la lecture typologique, christocentrique,
de l'Ancien Testament (Emmaüs) ; les deux grands massifs sont constitués,
d'une part, par les commentaires sur l'Apocalypse, riches, surtout le premier,
de réflexions post-mallarméennes sur le symbole, et l'ensemble
des "poëmes" (longs, et en prose) consacrés à la
Vierge, dont Claudel pensait faire un immense ouvrage, Assumpta est Maria,
qu'il a finalement fragmenté en plusieurs admirables textes, L'Épée
et le Miroir, La Rose et le Rosaire, Paul Claudel interroge le Cantique des
Cantiques. Loin de s'inscrire en rupture par rapport à son uvre
antérieure, la méditation biblique peut en être lue comme
le couronnement et l'explication, dans une perspective d'esthétique théologique.
Bibliographie
:
. uvres complètes, t. XIX à XXVIII, Gallimard, 1962-1978
. Le Poëte et la Bible, éd. M. Malicet, X. Tilliette et D.
Millet-Gérard, t. I et II, Gallimard,1998 et 2004.
. J. Petit, Claudel et la Bible, Minard, "Archives des lettres modernes",
1981.
. Chez Minard, série Revue des lettres modernes, Paul Claudel
n°13, 15, 16, 17.
. D. Millet-Gérard, Anima et la Sagesse. Pour une poétique
comparée de l'exégèse claudélienne, Lethielleux
Pierre Zech, 1990.
. A. Espiau de La Maëstre, Paul Claudel bibliste et ses prophètes,
Annales littéraires de l'Université de Besançon, 1993.
Dominique Millet-Gérard