La Ville
La première version de La Ville est sans aucun doute la pièce la plus difficile de tout le théâtre de Claudel. On y retrouve, poussées à l'extrême, les propositions du symbolisme. L'intrigue traditionnelle disparaît totalement. Inspirée par le drame de la Commune, elle se réduit à l'aventure collective d'une ville qu'une révolution détruit et qui finalement renaît. Puissants, les personnages sont tous symboliques ; les mouvements de foules occupent une place essentielle ; à l'acte III écrit après la conversion de Claudel, la liturgie et le débat théologique deviennent prédominants sans que l'effet proprement théâtral s'en trouve amoindri. Mais il arrive par moments que le vers, toujours aussi fort, devienne presque opaque : l'influence de Mallarmé s'est ajoutée à celle de Rimbaud.
On comprend pourquoi Claudel a voulu transformer ce texte. En Chine, en 1897, tout en gardant le même sujet, il procède à une refonte complète, unifiant l'ensemble autour d'un personnage féminin unique, Lâla, et réduisant à sept les divers personnages féminins. C'est cette seconde version que Jean Vilar a créée au TNP en 1955.
Michel AUTRAND