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ORATORIOS ET BALLETS
Le Livre de Christophe Colomb
Commandé par le metteur en scène Max Reinhardt, cet oratorio est
composé en juillet-août 1927 à Brangues. Claudel, qui en
confie la musique à Darius Milhaud, est de passage en France, retour
du Japon avant le départ pour l'Amérique.
Cette évocation du "réunisseur de la Terre Habitée" est regardée "du point de vue de la postérité".
Le drame s'ouvre sur l'agonie du héros pauvre et humilié qui se
dédouble pour assister à son propre destin jusqu'à son
passage vers la vraie Vie. Celle-ci est symbolisée par l'image de la
colombe, forme féminine de l'Esprit de Dieu. En perdant son statut de
conquérant, Christophe Colomb, "le porte-Croix", acquiert une
dimension spirituelle.
Représentation par la Compagnie Madeleine Renaud-Jean-Louis Barrault
en 1953. Texte : Th II, 1131 ; O.C. XIV, "Théâtre IX",
p. 9.
Bibliographie : Cahiers de la Compagnie Madeleine Renaud-Jean-Louis Barrault,
"Claudel et Christophe Colomb", n° 1, 1953.
Jeanne d'Arc au bûcher
Le livret de cet oratorio qui fait suite à une commande d'Ida Rubinstein
est composé en décembre 1934. La musique est confiée à
Arthur Honegger.
Le drame s'ouvre sur l'image de Jeanne enchaînée qui va être
consumée sur le bûcher, victime du jugement d'un tribunal constitué
par des animaux. "Pas plus que le Christ ne peut être séparé
de la croix, il ne fallait pas que Jeanne d'Arc fût séparée
de l'instrument de sa passion, de son martyre et de sa sanctification, c'est-à-dire
de son bûcher" (Th II, 1518). Saint Dominique lui explique le sens
de son sacrifice que résume la phrase finale du drame : "Personne
n'a un plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'il aime". Ainsi
passe-t-elle du domaine historique, à celui de la spiritualité.
Création à Bâle le 10 mai 1938. Première représentation
en France à Orléans le 6 mai 1939.
Texte : Th II, 1217 ; O.C. XIV, "Théâtre IX", p. 75.
La Sagesse ou la Parabole du festin
Cet oratorio reprend en uvre dramatique et musicale La Parabole du
festin (inspirée de l'Évangile de Luc, XIV, 16-24), composée
en 1925. Le livret est écrit à la demande d'Ida Rubinstein, elle-même
encouragée par Darius Milhaud ; il est achevé en 1935.
La Sagesse, comme dans la parabole évangélique, "fait sa
tournée d'invitations" ; les Justes, les Clairvoyants, les Intelligents
la repoussant, elle rassemble toutes sortes d'infirmes et édifie pour
eux une ville, qui repose sur sept colonnes, symbole de l'humanité réconciliée
avec Dieu.
Création à Rome le 15 février 1950.
Texte : Th II, 1190 ; O.C. XIII, "Théâtre VIII", p. 221.
Bibliographie : C.P.C. III.
La Danse des morts
Inspiré par la reproduction d'une danse macabre au musée des Cordeliers
à Bâle en janvier 1938, Claudel écrit le 23 mai 1938 le
livret d'un oratorio sur le thème populaire des mystères médiévaux ;
Arthur Honegger est sollicité pour la partition qui lui est dédiée.
"Ce qui m'a frappé surtout dans cette guirlande chorégraphique,
c'est beaucoup moins le côté sinistre que la bonne humeur",
confie Claudel.
Cet oratorio se présente sous la forme d'un dialogue entre le Je claudélien
et Dieu ; les répliques qui s'entrecroisent font référence
à des textes bibliques. Le titre du chapitre VI "Espérance
dans la Croix" souligne que la mort et la vraie Vie ne sont pas antithétiques,
la mort étant l'unique voie vers la résurrection.
Texte : Th II, 1259 ; O.C. XXIX, p. 265.
Voir "Une visite à Bâle", Pr 939.
L'Histoire de Tobie et de Sara
Ayant pris connaissance du commentaire de Claudel Le Livre de Tobie (1937),
Ida Rubinstein lui demande d'écrire un drame sur cette histoire biblique.
Le texte est achevé en septembre 1938, et le dramaturge demande à
Darius Milhaud de composer la partition. Aucune perspective de représentation
ne se présentant, le projet est abandonné et il faut attendre
l'année 1953 pour qu'il soit réalisé ; Claudel rédige
alors une seconde version.
Ayant perçu dans le lointain les lamentations de Sara, Tobie le Jeune
quitte Ninive pour la Médie. Grâce à l'intercession de l'ange
Azarias qui le guide dans sa traversée du désert, il délivre
Sara de l'oppression du diable Asmodée. Après leur union, Tobie
et Sara repartent chez Tobie le Vieux que son fils guérit de la cécité.
Sara est le symbole de l'âme humaine délivrée de ses péchés,
qui réussit la conversion de Tobie le Jeune.
Texte : Th II, 1271 ; O.C. XIV, "Théâtre IX", p. 109.
Le Livre de Tobie inspiré par le livre biblique est publié dans
Les Aventures de Sophie, O.C. XIX, p. 46.
L'Homme et son désir
Nommé ministre de France à Rio de Janeiro, Claudel s'embarque
pour le Brésil ; Darius Milhaud est du voyage. Le passage des ballets
russes avec Nijinski fait naître, chez le poète, l'intérêt
pour l'art chorégraphique.
Le scénario de ce ballet, écrit en 1917, indique en huit points
les mouvements des personnages : les Heures noires et blanches, la Lune et son
reflet dans l'eau, l'Homme endormi et le fantôme de la Femme qui l'enveloppe
dans son voile.
"Le voici qui se meut et qui danse. Et ce qu'il danse c'est la danse éternelle
de la nostalgie, du Désir et de l'Exil" (Th II, 1464).
Représentation le 6 juin 1921 au Théâtre des Champs-Élysées
par les ballets suédois de Rolf de Maré. Les costumes et les décors
ont été dessinés par Audrey Parr.
Texte : Th II, 643 ; O.C. XIII, "Théâtre VIII", p. 215.
Bibliographie : "Nijinsky", Pr 384-387 et "Sur la danse",
ibid., 162 ; C.P.C. III.
La Femme et son ombre
Inspiré à Claudel, ambassadeur à Tokyo depuis fin 1920,
ce scénario de ballet porte la marque des représentations du nô
japonais qui l'ont passionné. La première version date de 1922,
la seconde semble écrite en 1926. Le musicien japonais Kineya Sakahashi
(ou Sakichi) en a composé la partition.
Dans "Propos sur un spectacle de ballets", Claudel résume son
spectacle : "la conversation commentée par un chur d'un mort
avec un vivant" (Th II, 1466). Un guerrier voit apparaître l'ombre
de la femme morte aimée jadis, lorsque surgit la femme vivante ; tandis
qu'il frappe d'un coup d'épée l'ombre, la femme vivante tombe
morte.
Représentations : 16 mars 1923 au Théâtre Impérial
de Tokyo ; en France, en 1948, par les ballets Roland Petit au Théâtre
Marigny.
Texte : Th II, 647 ; O.C. III, "Extrême-Orient I", p. 333.
Bibliographie : "Le Nô", Pr 1167 et 1547 ; J I, 579-581 ;
C.P.C. III.
Sous le rempart dAthènes
Cette uvre, "étape intermédiaire entre les scénarios
de ballets ou de mimodrames et les oratorios dramatisés" est écrite
à la demande de Philippe Berthelot à l'occasion du centenaire
de son père, le chimiste bien connu Marcellin Berthelot. Le manuscrit
est daté de Washington, avril 1927.
Pour parler du grand savant, Claudel a choisi de mettre en scène des
pèlerins venant visiter sous les remparts d'Athènes la sépulture
consacrée à "un philosophe fictif de l'antiquité hellénique
appelé Hermas" (Th II, 1484). La musique composée par Germaine
Taillefer a pour but "de créer derrière le drame une espèce
de tapisserie sonore, dont les couleurs amusent et soulagent le spectateur et
baignent de leurs reflets agréables l'aridité d'une discussion
philosophique" (Th II, 1485).
La représentation a eu lieu au gala de l'Élysée donné
pour la commémoration de Marcellin Berthelot, dans la mise en scène
de Louis Jouvet.
Texte : Th II, 1114 ; O.C. XIII, "Théâtre VIII", p. 247.
Textes cités et abréviations :
- Théâtre, tome II, Pléiade, 1965 : Th II.
- uvres complètes, Gallimard, tome III, 1952, tome XIII,
1958, tome XIV, 1958, tome XIX, 1962, tome XXIX, 1986 : O.C. III, O.C. XIII,
O.C. XIV, O.C. XIX, O.C. XXIX.
- Cahiers Paul Claudel 3, "Correspondance Paul Claudel-Darius Milhaud
1912-1953", Gallimard, 1961. Préface de Henri Hoppenot. Introduction
et notes de Jacques Petit : C.P.C. III.
- Cahiers de la Compagnie Madeleine Renaud-Jean-Louis Barrault, n°1, 1953, "Claudel et Christophe Colomb".
- uvres en prose, Pléiade, 1965. Préface de Gaëtan
Picon. Textes établis et annotés par Jacques Petit : Pr.
- Journal, tome I, Pléiade, 1968 : J I.
Andrée HIRSCHI

"L'Homme et son désir"
DR